Le droit de la concurrence vise à garantir un marché équitable où les entreprises rivalisent à l'aune de leurs compétences. Toutefois, lorsque des concurrents s'entendent pour fixer les prix, se partager les marchés ou truquer les appels d'offres, ils forment un cartel – l'infraction la plus grave au droit de la concurrence. Pour les victimes de ces accords illicites, les conséquences financières peuvent être désastreuses, entraînant une inflation des prix et des pertes de profits. Si les amendes administratives infligées par des autorités telles que l'Autorité de la concurrence et des marchés (ACM) ou la Commission européenne sanctionnent les contrevenants, elles n'indemnisent pas les victimes.
Ce guide propose une analyse experte des stratégies de contentieux civil à la disposition des victimes de cartels en vertu du droit néerlandais et européen. droitCet article explore le cadre juridique des recours privés, le processus complexe d'évaluation des dommages et les mécanismes procéduraux – y compris les actions collectives – qui permettent d'obtenir réparation. Que vous soyez juriste d'entreprise ou avocat, cet article constitue un guide complet pour gérer les demandes d'indemnisation liées aux ententes illicites.
Question juridique
La question juridique centrale abordée dans cette analyse est la suivante : Comment les victimes d'infractions à une entente illicite peuvent-elles obtenir efficacement des dommages et intérêts auprès des participants à l'entente en vertu du droit néerlandais et européen de la concurrence en vigueur ? droit cadre?
Cela englobe l'établissement de la responsabilité, la quantification du préjudice, les exigences en matière de causalité et les voies de recours spécifiques disponibles pour les réparations individuelles et collectives.
Cadre juridique
Le droit à indemnisation pour les infractions au droit de la concurrence est fermement établi en droit européen et en droit néerlandais.
Fondation européenne
Au niveau européen, l’article 101 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit tout accord entre entreprises qui restreint la concurrence. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a établi de longue date que la pleine application de l’article 101 du TFUE exige que toute personne puisse obtenir réparation du préjudice subi du fait d’un contrat ou d’un comportement susceptible de restreindre ou de fausser la concurrence (arrêts Courage contre Crehan et Manfredi).
Ce droit a été harmonisé en outre par Directive 2014 / 104 / UE Concernant les actions en dommages-intérêts pour pratiques anticoncurrentielles, la directive vise à lever les obstacles pratiques à l'indemnisation en introduisant des règles de preuve et des délais de prescription essentiels.
Mise en œuvre néerlandaise
Aux Pays-Bas, l'article 101 du TFUE trouve son équivalent national dans Article 6 du Mededingingswet (Mw). La directive européenne sur les dommages et intérêts a été transposée dans le droit néerlandais, modifiant de manière significative le code civil néerlandais (Burgerlijk Wetboek – BW) et le code de procédure civile (Wetboek van Burgerlijke Rechtsvordering – Rv).
Les principales dispositions comprennent :
- Article 6:162 BWLe fondement général de la responsabilité délictuelle (onrechtmatige daad). Participer à un cartel est un acte illicite à l'égard des acheteurs.
- Article 6:193l BW: Établit une présomption réfutable selon laquelle les infractions aux règles du cartel causent un préjudice.
- Article 161a RV: Stipule qu'une décision finale de l'ACM ou de la Commission européenne constatant une infraction constitue une preuve irréfutable de cette infraction dans le cadre d'une procédure civile.
De plus, le Wet Afwikkeling Massaschade dans Collectieve Actie (WAMCA), incorporée à l'article 3:305a BW, fournit un mécanisme robuste de réparation collective, permettant aux organisations représentatives de réclamer des dommages-intérêts au nom d'un groupe de victimes, potentiellement sur la base d'une option de retrait.
Exceptions et considérations spéciales
Les litiges relatifs aux dommages causés par un cartel diffèrent considérablement des litiges commerciaux classiques en raison de l'asymétrie d'information et de la complexité économique.
Charge de la preuve et présomptions
Bien que la règle générale soit que le demandeur doive prouver le préjudice, la présomption prévue à l'article 6:193l du Code civil turc (BW) inverse la charge de la preuve quant à l'existence du préjudice. Toutefois, l'évaluation de ce préjudice demeure un obstacle probatoire complexe nécessitant souvent une expertise économique.
Application de la loi publique vs privée
Il convient de distinguer clairement les actions « suite à une décision antérieure d’une autorité de la concurrence » et les actions « autonomes », où le demandeur doit prouver lui-même le comportement anticoncurrentiel. Dans les actions suite à une décision antérieure, le caractère contraignant de la décision de l’autorité (article 161 bis Rv) simplifie considérablement la procédure.
Analyse et application
Pour obtenir gain de cause et réclamer des dommages et intérêts, une analyse juridique et économique rigoureuse, étape par étape, est nécessaire.
Étape 1 : Établir l'infraction
In actions de suiviLe demandeur invoque l'article 161 bis de la Convention de Vienne sur la réparation du préjudice (CRR). La décision de l'ACM ou de la Commission européenne fait foi de l'illégalité de l'acte du défendeur. Le tribunal civil peut ainsi s'affranchir de l'examen de la responsabilité relative à l'infraction elle-même et se concentrer directement sur le lien de causalité et le préjudice.
In actions autonomesDans ce cas, la charge de la preuve incombe entièrement au demandeur, qui doit démontrer que le comportement du défendeur a enfreint l'article 6 Mw ou l'article 101 TFUE. Cette démarche est complexe et nécessite souvent d'obtenir des preuves que les membres d'un cartel dissimulent naturellement.
Étape 2 : Dommages et quantification
Une fois l’infraction établie, il convient de quantifier le préjudice financier. L’article 6:193l du Code civil allemand présume le préjudice, mais la quantification du « surfacturation » – soit la différence entre le prix effectivement payé et le prix qui aurait prévalu sur un marché concurrentiel (le cas contrefactuel) – exige une analyse économique poussée.
Les tribunaux s'appuient généralement sur des preuves d'experts utilisant des méthodes telles que :
- Approches basées sur la comparaison: Comparer les prix pendant la période d'infraction avec les prix avant ou après (temporel), ou avec les prix sur un marché géographique différent (spatial).
- Analyse de régression économétrique: Utiliser des modèles statistiques pour isoler l'effet du cartel des autres facteurs influençant les prix (par exemple, le coût des matières premières, l'inflation).
Sous Article 6:97 BW, le tribunal a le pouvoir d'estimer les dommages-intérêts si un calcul précis est impossible, offrant ainsi un filet de sécurité aux demandeurs lorsque les données sont imparfaites.
Étape 3 : Causalité
Le demandeur doit démontrer un lien de causalité entre l'infraction et le préjudice allégué (condition sine qua non). En matière d'ententes illicites, le critère du « sans quoi » est appliqué : sans l'entente, quelle aurait été la situation du marché ? Bien que la présomption de préjudice soit utile, les défendeurs soutiennent souvent que ce sont des facteurs externes au marché, et non l'entente, qui sont responsables des hausses de prix.
Étape 4 : Défense sur la passe
Une stratégie de défense courante consiste à invoquer la répercussion du surcoût. Les défendeurs soutiennent que le demandeur (acheteur direct) n'a subi aucune perte puisqu'il a répercuté le surcoût sur ses propres clients (acheteurs indirects).
- Article 13 Directive 2014/104/UE et Article 6:193p BW faire peser la charge de la preuve sur le défendeur, qui devra démontrer que le trop-perçu a effectivement été répercuté.
- Inversement, Article 6:193q BW Elle aide les acheteurs indirects en créant une présomption de transmission s'ils ont acheté les biens affectés par la contrefaçon.
Cette défense empêche l'enrichissement sans cause de l'acheteur direct, mais complique le litige en exigeant une analyse des stratégies de prix du demandeur et de la dynamique du marché en aval.
Étape 5 : Aspects procéduraux
Les demandeurs doivent choisir entre une action individuelle et une action collective. Depuis l'introduction de la WAMCALes actions collectives sont devenues un outil puissant. En vertu de l'article 3:305a du Code civil néerlandais, une fondation représentative peut réclamer des dommages-intérêts pour un groupe de victimes. Le tribunal peut déclarer un accord collectif exécutoire ou prononcer un jugement accordant des dommages-intérêts à l'ensemble du groupe (généralement avec possibilité de retrait pour les résidents néerlandais).
La compétence territoriale est un autre aspect procédural crucial. En vertu du règlement Bruxelles I bis, les tribunaux néerlandais sont souvent compétents si l'un des participants à l'entente (le « défendeur principal ») est domicilié aux Pays-Bas, ce qui permet également de traduire en justice des membres étrangers de l'entente.
Étape 6 : Divulgation et preuves
L'asymétrie d'information constitue un obstacle majeur pour les victimes. Le droit néerlandais offre des outils pour y remédier via Article 843a RV (le droit de copier ou de consulter des documents). Un demandeur peut demander l'accès à des éléments de preuve spécifiques détenus par le défendeur ou des tiers (y compris le dossier de l'autorité de la concurrence, à l'exception des déclarations de clémence au titre de l'article 846 Rv).
Le tribunal évalue ces demandes en fonction de leur proportionnalité et du bien-fondé de la demande. Le non-respect des ordonnances de communication de pièces peut entraîner des sanctions en vertu de la loi. Article 162 Rv, par exemple, que le tribunal tire des conclusions défavorables à la partie qui refuse.
Contre-arguments et défenses
Les participants au cartel utilisent des mécanismes de défense robustes, notamment :
- Aucun lien de causalité: Ils affirmaient que les hausses de prix étaient dues au coût des matières premières ou à d'autres facteurs non collusoires.
- TransmissionComme indiqué ci-dessus, il est avancé que le demandeur a répercuté le coût tout au long de la chaîne d'approvisionnement.
- Limitation: Invoquer la prescription (verjaring). En vertu de Article 3:310 BW, le délai est généralement de cinq ans à compter de la prise de conscience subjective du dommage et de l'identification de la partie responsable, mais ce délai est suspendu pendant l'enquête de l'autorité de la concurrence.
- Mesures: Faire valoir que le demandeur n'a pas atténué sa perte (par exemple, en ne changeant pas de fournisseur).
Jurisprudence récente
La jurisprudence néerlandaise récente a précisé l'application de ces règles. TenneT/ABB L'arrêt a confirmé la possibilité d'obtenir des dommages-intérêts pour « entente illicite sur les prix » (lorsque des entreprises non membres d'un cartel augmentent leurs prix sous la protection de ce dernier). Cartel des camions Les litiges ont donné lieu à de nombreux jugements provisoires concernant la cession des créances et le droit applicable, renforçant ainsi la position des Pays-Bas comme juridiction de premier plan en matière de dommages liés aux ententes illicites, grâce à son approche pragmatique des preuves et de la divulgation.
Conclusion
Aux Pays-Bas, le cadre juridique applicable aux victimes d'ententes illicites est solide et favorable aux plaignants. La combinaison de présomptions de preuve, du caractère contraignant des décisions réglementaires et du régime sophistiqué de la WAMCA (Loi néerlandaise sur les accords de libre-échange et les mesures de réparation collectives) offre une voie prometteuse vers l'indemnisation. Toutefois, la complexité économique de l'évaluation des dommages et la rigueur des moyens de défense employés par les auteurs d'ententes illicites exigent une planification stratégique précoce et des conseils juridiques et économiques spécialisés.
Références
- Droit de l’UE : article 101 TFUE, directive 2014/104/UE
- Droit néerlandais : Article 6 Mw, Article 6:162 BW, Article 6:193l BW, Article 6:193q BW, Article 3:305a BW (WAMCA)
- Droit procédural : article 161a Rv, article 843a Rv, articles 845 à 847 Rv
- Jurisprudence : Courage c. Crehan (C-453/99), Manfredi (C-295/04), Kone (C-557/12)
Foire aux questions – Niveau expert
FAQ 1: Quelles preuves sont les plus convaincantes pour démontrer le lien de causalité entre le cartel et votre préjudice dans le cadre d'une procédure civile ?
L'établissement d'un lien de causalité est l'élément central sur lequel repose toute demande de dommages-intérêts. En droit néerlandais, le demandeur bénéficie de Article 6:193l BW, ce qui établit une présomption simple selon laquelle une infraction à une entente illicite cause un préjudice. De plus, dans les actions subséquentes, Article 161a RV rend la décision d'infraction de l'ACM ou de la Commission européenne contraignante, prouvant de manière irréfutable l'acte illicite.
Toutefois, pour établir le lien de causalité précis avec le préjudice subi par le demandeur, les données transactionnelles sont essentielles. Celles-ci comprennent les factures, les bons de commande et les contrats couvrant la période d'infraction. Ces données brutes constituent le fondement des rapports d'experts économiques. Ces rapports utilisent généralement des analyses économétriques, telles que l'analyse de régression, afin d'isoler l'effet de cartel des autres variables du marché.
Une étude comparative des prix « avant et après » est très convaincante, démontrant les disparités de prix entre la période de cartel et la norme concurrentielle. De plus, Article 847 Rv Cette présomption permet aux demandeurs d'accéder au dossier de l'autorité de la concurrence afin d'obtenir des éléments de preuve, même si les déclarations de clémence sont protégées. La jurisprudence récente (voir ECLI:NL:HR:2025:1761) souligne que, malgré son utilité, le demandeur doit fournir des données initiales suffisantes pour permettre au tribunal de saisir la juridiction compétente d'une procédure d'évaluation des dommages (procédure de préjudice).
FAQ 2 : Dans quelle mesure une action collective en vertu de la WAMCA peut-elle renforcer la position procédurale des victimes individuelles contre les participants au cartel ?
Le Wet Afwikkeling Massaschade dans Collectieve Actie (WAMCA), en vigueur depuis 2020 et codifiée dans Article 3:305a BWCette loi a profondément modifié le paysage contentieux. Son principal avantage réside dans le mécanisme d'exclusion automatique pour les résidents néerlandais (article 1018f de la loi de 1994). Ce mécanisme inclut automatiquement toutes les victimes appartenant à la catégorie définie, sauf si elles se retirent explicitement, créant ainsi un regroupement massif de demandes qui renforce considérablement le pouvoir de pression sur les défendeurs.
Pour les victimes individuelles, la WAMCA atténue les coûts et les risques prohibitifs des poursuites judiciaires. Au lieu d'en supporter seules le fardeau, les frais sont souvent pris en charge par des financeurs de litiges partenaires de la fondation représentative. Ce mécanisme permet également de regrouper les intérêts similaires, ce qui facilite le traitement des questions communes telles que la responsabilité et le calcul général du trop-perçu.
De plus, un jugement dans une affaire WAMCA — ou un règlement collectif approuvé par le tribunal — est contraignant pour l'ensemble du groupe (Article 1018d RVCela permet de mettre un terme définitif aux litiges et d'éviter le morcellement des procédures que représentent de multiples actions individuelles. Bien que des conditions strictes de recevabilité s'appliquent à l'organisation représentative (concernant la gouvernance et le financement), une fois remplies, l'entité collective dispose d'un pouvoir de négociation qu'un demandeur unique obtient rarement. La jurisprudence récente confirme que les tribunaux néerlandais sont disposés à appliquer largement la WAMCA aux affaires de concurrence, à condition que les demandes soient suffisamment similaires.
FAQ 3 : Quels moyens de défense les participants à un cartel peuvent-ils invoquer concernant la répercussion du préjudice, et comment un demandeur peut-il s'y préparer ?
La défense par passes est fondée sur Article 13 de la directive 2014/104/UE et empêche un demandeur d'être surindemnisé s'il a répercuté la surfacturation liée à l'entente illicite sur ses propres clients. La charge de la preuve incombe explicitement au défendeur, qui doit démontrer que la surfacturation a été répercutée.
Les défendeurs s'appuient généralement sur une analyse économique pour démontrer que la position du demandeur sur le marché lui permettait d'augmenter ses prix sans perte de volume. Afin de prévenir cette situation, le demandeur doit élaborer une stratégie de défense. Celle-ci consiste à rassembler des preuves que les conditions du marché – telles qu'une forte concurrence en aval ou une élasticité-prix élevée de la demande – ont empêché toute répercussion des coûts. Des preuves contractuelles attestant d'accords à prix fixe avec les clients peuvent également réfuter l'impossibilité de répercuter les coûts.
De plus, les demandeurs doivent être prêts à contester les modèles économiques du défendeur. Si un calcul précis est impossible en raison de la complexité de la chaîne d'approvisionnement, le tribunal est habilité à estimer le taux de répercussion. Point crucial, la défense fondée sur la répercussion interagit avec Article 6:100 BW (Compensation de l'avantage) : le défendeur soutient essentiellement que l'« avantage » que représentent des prix plus élevés en aval devrait être déduit du préjudice. Les demandeurs peuvent s'y opposer en faisant valoir que, même en cas de hausse des prix, ils ont subi un « effet de volume » (perte de ventes) qui constitue un chef de préjudice distinct.
FAQ 4: Un acquéreur indirect peut-il réclamer des dommages-intérêts de manière indépendante si l'acquéreur direct ne dépose pas de réclamation en raison de la transmission du contrat ?
Oui, les acquéreurs indirects ont qualité pour agir et réclamer des dommages-intérêts. Il s'agit d'un principe fondamental. Directive 2014 / 104 / UE (Articles 12 à 14) visant à garantir une indemnisation intégrale tout au long de la chaîne d'approvisionnement. En droit néerlandais, Article 6:193q BW introduit une présomption réfutable spécifiquement pour les acheteurs indirects.
Pour bénéficier de cette présomption, l'acheteur indirect doit prouver trois éléments : a) le défendeur a commis une contrefaçon ; b) cette contrefaçon a entraîné un surcoût pour l'acheteur direct ; et c) l'acheteur indirect a acquis les biens ou services faisant l'objet de la contrefaçon. Une fois ces éléments établis, le tribunal présume que le surcoût lui a été répercuté.
Le défendeur peut réfuter cette présomption, généralement en démontrant que la répercussion s'est arrêtée à un niveau antérieur de la chaîne d'approvisionnement. Point essentiel, l'acheteur indirect n'a pas à attendre que l'acheteur direct agisse. Cette indépendance évite un vide juridique dans l'application de la loi, où un acheteur direct pourrait hésiter à poursuivre un fournisseur clé. Toutefois, les acheteurs indirects sont confrontés à des difficultés probatoires spécifiques pour retracer les marchandises concernées et quantifier précisément la part du surcoût qui leur a été imputée.
FAQ 5: De quelle manière le manque de données administratives suffisantes de la part du demandeur ou du défendeur influence-t-il l'évaluation des preuves concernant le moyen de défense fondé sur la répercussion des pertes ?
Sous Article 150 RvEn règle générale, la charge de la preuve incombe à la partie qui invoque une conséquence juridique. Dans le cadre de l'exception de répercussion, cette charge incombe au défendeur. Toutefois, le demandeur a l'obligation de justifier son propre préjudice et détient généralement les données de vente pertinentes.
Si un demandeur omet de fournir les données nécessaires qui relèvent de sa compétence (par exemple, l'historique des prix de vente), il s'expose à ce que le tribunal en tire des conclusions défavorables. Toutefois, les tribunaux reconnaissent que les délais de conservation administratifs sont limités. Si des données sont manquantes sans faute de la partie (par exemple, en raison du dépassement des délais légaux de conservation), le tribunal peut user de son pouvoir discrétionnaire. Article 152 Rv évaluer librement les preuves disponibles.
Des arrêts récents de la Cour suprême (voir ECLI:NL:PHR:2025:654 et ECLI:NL:HR:2025:1328) indiquent que, si le demandeur est généralement responsable de sa propre administration, la « sphère de risque » ne s’étend pas indéfiniment. Si un calcul précis est impossible en raison de données manquantes, le tribunal recourt souvent à son pouvoir discrétionnaire en vertu de Article 6:97 BW Pour estimer le préjudice ou le taux de répercussion, il est nécessaire de fournir les documents requis. Cependant, l'absence totale de documentation de la part du demandeur peut s'avérer fatale si elle empêche le défendeur de justifier raisonnablement sa défense, pouvant entraîner le rejet de cette partie de la demande.
FAQ 6 : Quelles sanctions le tribunal peut-il imposer si une partie refuse de soumettre des données administratives malgré une injonction de communication ?
Le refus de se conformer à une ordonnance judiciaire de divulgation (en vertu de Article 843a RV or Article 22 Rv) constitue une violation grave des obligations procédurales. En vertu de Article 162 Rv, le tribunal dispose d'un large pouvoir discrétionnaire pour tirer les conclusions qu'il juge opportunes d'un tel refus.
Les sanctions ne sont pas fixes mais sont déterminées selon le principe de proportionnalité à la gravité du refus. La sanction la plus sévère consiste pour le tribunal à accepter les allégations factuelles de la partie adverse comme étant des faits établis, le dispensant ainsi de la charge de la preuve sur ce point précis. D'autres sanctions peuvent être envisagées :
- Rejeter la demande (si le demandeur refuse) ou l'accepter (si le défendeur refuse).
- Exclure la partie non coopérative de la possibilité de soumettre d'autres preuves sur la question.
- Imposer des pénalités périodiques (dwangsom) pour contraindre au respect des règles.
Le choix du tribunal dépend de la question de savoir si le refus compromet fondamentalement la bonne administration de la justice. Dans les affaires d'ententes illicites, où l'asymétrie d'information est importante, les tribunaux sont de plus en plus enclins à tirer des conclusions défavorables afin de garantir qu'une partie ne puisse tirer profit de la dissimulation de preuves.
FAQ 7 : Dans quelle mesure le tribunal peut-il recueillir d'office des preuves lorsque les deux parties soumettent une administration insuffisante ?
Alors que la procédure civile néerlandaise est accusatoire — ce qui signifie que les parties définissent l'étendue du litige —Article 22 Rv Elle confère au tribunal d'importants pouvoirs de gestion active de l'instance. Le tribunal peut ordonner aux parties de fournir des informations complémentaires ou de produire des documents spécifiques s'il estime le dossier incomplet.
Toutefois, le tribunal ne peut se substituer aux parties pour « constater » les faits ; il est lié par Article 149 Rv Le tribunal doit fonder sa décision sur les faits présentés par les parties. Si les deux parties ne fournissent pas d'éléments suffisants, il se trouve face à un dilemme. Il ne peut mener sa propre enquête en dehors de la procédure (par exemple, des recherches privées sur Internet) sans enfreindre le principe du contradictoire (audi et alteram partem).
En général, le tribunal résout ce blocage en matière de preuves en procédant comme suit :
- Nomination d'experts indépendants (par exemple, des économistes) sous Article 194 Rv modéliser les dommages à partir des données limitées disponibles.
- Utiliser son pouvoir d’estimer les dommages (Article 6:97 BW).
Le tribunal joue un rôle de garant du bon déroulement de la procédure, et non d'inquisiteur. La jurisprudence récente indique que les tribunaux useront de ces pouvoirs pour prévenir un déni de justice, notamment dans les affaires complexes de droit de la concurrence où les preuves « parfaites » sont rarement disponibles.
FAQ 8: Un juge peut-il inverser la charge de la preuve au détriment de la partie non coopérative en l'absence de données ?
Un renversement formel de la charge de la preuve est une mesure exceptionnelle. La règle générale de Article 150 Rv Une décision ne peut être écartée que si les exigences de raisonnabilité et d'équité le justifient. En cas de données manquantes, les tribunaux font preuve de prudence. Une simple « difficulté probatoire » ne suffit pas à renverser la charge de la preuve.
Toutefois, si le déficit de preuves est causé spécifiquement par le comportement déraisonnable de la partie adverse – par exemple, la destruction délibérée de preuves ou le refus persistant de communiquer des documents –, le tribunal peut inverser la charge de la preuve. Ceci est étroitement lié aux sanctions prévues par la loi. Article 162 Rv.
Dans les affaires d'ententes illicites, l'asymétrie d'information justifie déjà la présomption légale de préjudice (article 6:193l du Code civil allemand). Il est rare d'étendre cette présomption à un renversement complet de la charge de la preuve concernant le montant du préjudice ou à l'exception de répercussion. La Cour suprême (voir ECLI:NL:HR:2006:AU4529) exige une motivation explicite pour un tel renversement. Le plus souvent, la juridiction se contente d'appliquer un niveau de preuve moins exigeant ou de présumer des faits défavorables à la partie non coopérative, sans pour autant renverser formellement la charge de la preuve.
FAQ 9 : Un participant à un cartel peut-il invoquer avec succès le privilège contre l'auto-incrimination pour refuser la divulgation de données administratives ?
Le principe nemo tenetur (protection contre l'auto-incrimination), dérivé de Article 6 CEDH, est souvent invoqué par les défendeurs pour résister aux demandes de communication de documents en vertu de l'article 843a Rv. Ils soutiennent que la fourniture de documents pourrait les exposer à des amendes administratives supplémentaires ou à une responsabilité pénale.
Toutefois, dans le cadre d'une action civile en dommages-intérêts, cette défense aboutit rarement concernant les documents préexistants. La Cour suprême (voir ECLI:NL:HR:2025:1519) et la jurisprudence européenne établissent une distinction entre les éléments « dépendants de la volonté » (tels que les déclarations extorquées) et les éléments « indépendants de la volonté » (documents existant indépendamment de la volonté du suspect, tels que les factures, les documents administratifs et les courriels internes).
Les documents administratifs appartiennent à cette dernière catégorie. Aucun privilège n'empêche la divulgation de documents commerciaux devant un tribunal civil au seul motif qu'ils pourraient révéler une responsabilité. Article 845 Rv Le refus est autorisé pour des « motifs sérieux », mais la crainte d'engager sa responsabilité n'est pas considérée comme un motif sérieux dans ce contexte. La seule exception notable concerne les déclarations de clémence (clementieverklaringen) spécifiquement rédigées pour l'autorité de la concurrence, qui sont protégées par la loi. Article 846 Rv préserver l'efficacité de l'application de la loi par les pouvoirs publics.
FAQ 10: Quel est le délai de prescription pour les demandes de dommages-intérêts en cas d'entente illicite et quand commence-t-il à courir ?
En vertu du droit néerlandais (Article 3:310 BW), le délai de prescription général pour réclamer des dommages-intérêts est de cinq ans. Ce délai ne court qu'à compter du lendemain du jour où la partie lésée a eu connaissance (1) du dommage et (2) de l'identité de la personne responsable. Il s'agit du critère « subjectif ». Il existe également un délai de prescription absolu « objectif » de 20 ans à compter de l'événement ayant causé le dommage (Article 3:306 BW).
Point crucial pour les victimes de cartels, la directive et sa transposition aux Pays-Bas prévoient que le délai de prescription est suspendu Pendant l'enquête menée par une autorité de la concurrence (ACM ou CE), la suspension prend fin un an après que la décision d'infraction soit devenue définitive. Ceci permet aux victimes d'attendre l'issue de la procédure publique avant d'engager une action civile.
En pratique, le délai de prescription ne court généralement qu'à compter de la publication de la décision de l'autorité de la concurrence, car il s'agit souvent du premier moment où la victime peut raisonnablement avoir connaissance de l'entente. Toutefois, une interruption proactive (mise en demeure) par lettre ou assignation formelle est essentielle pour préserver ses droits, notamment dans le cadre d'actions isolées ou lorsque la durée de l'enquête est longue.
FAQ 11 : Comment les dommages sont-ils calculés dans les affaires de dommages liés aux cartels ?
Le calcul des dommages relève d'un exercice économique, et non purement juridique. Son principal objectif est de replacer la victime dans la situation qui aurait été la sienne si le cartel n'avait pas existé (scénario contrefactuel).
La méthode la plus courante est la calcul de la surcharge: (Prix réel – Prix contrefactuel) x Quantité achetée.
Pour déterminer le prix contrefactuel, les experts utilisent :
- Comparaison temporelle: En comparant les prix sur le même marché avant la formation du cartel ou après son effondrement.
- Comparaison géographique: En observant les prix sur un marché similaire et non affecté (par exemple, un pays voisin).
- Analyse de régressionUne méthode statistique qui contrôle des variables comme la demande, le coût des intrants et l'inflation afin d'isoler l'effet de la collusion sur les prix.
Les demandeurs peuvent également réclamer profits perdus (si les prix élevés réduisaient leur volume de ventes) et intérêtUne catégorie complexe mais reconnue est dommages causés par un parapluie, où des concurrents non membres du cartel ont également augmenté leurs prix dans le sillage du cartel. Si un calcul précis s'avère impossible, le tribunal utilise son pouvoir d'estimation des dommages (Article 6:97 BW), optant souvent pour une « estimation plausible » basée sur les modèles d’experts présentés.
FAQ 12: Quels sont les avantages et les inconvénients d'une action collective par rapport à une procédure individuelle ?
Choisir entre action collective (WAMCA) et action individuelle est une décision stratégique.
Action collective (WAMCA)
- Avantages : Le principal avantage réside dans la maîtrise des coûts et la réduction des risques. Le financement des litiges couvre souvent les frais juridiques. Il offre un levier considérable lors des négociations de règlement, compte tenu de la valeur cumulée des réclamations. La fondation spécialisée chargée de la représentation prend en charge la gestion complexe du dossier.
- Inconvénients : Les demandeurs individuels ont moins de contrôle sur la stratégie contentieuse et les conditions de règlement. Le mécanisme d’exclusion automatique vous inclut d’office, sauf si vous agissez, ce qui vous lie à un résultat potentiellement inférieur à celui d’une demande individuelle personnalisée. La procédure peut être longue en raison des audiences de recevabilité pour l’entité représentative.
Action individuelle
- Avantages : Maîtrise totale de la stratégie, du calendrier et du règlement. La réclamation est adaptée au préjudice spécifique subi par chaque personne (par exemple, un manque à gagner précis), ce qui peut permettre d’obtenir une indemnisation plus importante. Les règlements à l’amiable avec les défendeurs sont plus faciles à conclure sans intervention judiciaire.
- Inconvénients : Coûts initiaux élevés et risques financiers importants en cas d’échec de la demande. Le demandeur supporte seul l’intégralité du fardeau de la preuve. Cela exige un investissement considérable en temps de gestion interne.
Pour les petites victimes, l'action collective est souvent la seule solution viable. Pour les grandes entreprises victimes ayant des réclamations importantes, une action individuelle (ou collective) offre souvent un meilleur retour sur investissement.